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philosophiecritique

Samedi 28 janvier 2006

N'exige pas de nous la formule qui puisse t'ouvrir des mondes

mais quelque syllabe difforme, sèche comme une branche.

Aujourd'hui nous ne pouvons que te dire ceci:

ce que nous ne somes pas, ce que nous ne voulons pas.

                                                                                  E. Montale
Par waouch
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Samedi 28 janvier 2006

Voila quelques figures de la philosophie critique:

Mais Marx, pourquoi Marx? Que vient-il faire là-dedans?

La théorie critique a été élaborée dès les années 1930 avec la nomination de Horkheimer à la tête de l'Institut des études sociales -Institut für Sozialförschung- de Francfort. C'est alors que naît réellement ce que l'on appelera plus tard l'Ecole de Francfort.

Tout cela est confus? Bien sûr si vous ne connaissez pas cette école cela est normal, je n'ai même pas commencé à vous la présenter! Un peu de patience... :-)

Pour en revenir à Marx: l'Institut à été crée dès 1923. A l'époque, Grünberg en était le directeur, et l'Institut ressemblait plus à une réunion d'économistes érudits sur le marxisme qu'à un Collège de scientifiques étudiant le social! Le but premier était de rassembler des connaissances sur le mouvement ouvrier afin d'être prêts lorsque le communisme triomphera! Donc Marx était l'influence théorique principale...

Au cours des années, cela a bien changé, et comme vous avez sans doute pu le constater, le sujet de ce blog est la philosophie critique. Nous nous intéresserons donc à l'institut d'études sociales à partir de la nomination de Horkheimer en 1931. (mais reconnaissez qu'il était important de savoir tout cela, car sinon comment comprendre l'influence de Marx qui a perdurée jusqu'à... aujourd'hui! :-)  )

Par waouch
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Samedi 28 janvier 2006

1931: Horkheimer prend la tête de l'institut de recherches sociales de Francfort. L'Ecole de Francfort (qui est le courant théorique qui émerge de l'institut) va naître progressivement.

Le nouveau programme avec Horkheimer est de surmonter la crise du marxisme par l'interpénétration de la philosophie de la société et des sciences sociales empiriques.

(Vous n'êtes pas au clair avec le jargon sociologique? n'hésitez pas à me contacter! )

Avec Horkheimer, qui est philosophe, l'Institut prend une direction plus philosophique et théorique. Horkheimer a comme projet l'inter-disciplinarité: il réunit des personnes issues de disciplines diverses (Fromm qui est psychanaliste; Benjamin qui est littéraire)...

Mais cela restera, comme beaucoup d'autres idées (c'est hallucinant la propension de cet institut à proposer de nouvelles idées mais à les abandonner aussi vite!), au simple stade de projet et ne se concrétisera pas réellement en réalité.

En effet, Horkheimer a exercé un contrôle exclusif sur la production de l'Institut, et il fallait adhérer totalement à son projet pour faire réellement parti de l'Institut, si bien que les chercheurs issus d'autres disciplines (même l'économiste Pollock, qui était un grand ami) ne purent jamais influencer profondément les théories énoncées par Horkheimer dès son investiture, et qui restèrent bien souvent le résultat de philosophes qui étudièrent le monde social.

Benjamin, par exemple, dû faire de nombreuses concessions et s'appliquer une sorte d'auto-censure afin de rester dans le cadre théorique de Horkheimer et assurer sa place auprès des francfortois.

On peut également préciser que Hegel prend une place centrale avec Horkheimer: cela permet aux chercheurs de l'Institut de renouer avec les fondements philosophiques de la pensée marxienne, et même au besoin de dépasser cette dernière (nous y reviendrons peut-être plus tard, mais voilà une opinion tout à fait défendable malgré la pensée commune qui accorde tout au long du développement de la théorie critique (TC) une place déterminante à Marx : bien des auteurs, et Adorno lui-même, contournent les analyses économiques de Marx et rechignent à revenir dessus... c'est décidé, nous y reviendrons plus tard :-) )

 

 

 

Par waouch
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Samedi 28 janvier 2006

Philosophiquement, Francfort ne figure pas réellement en tant qu'école (chacun des grands auteurs a en effet une philosophie particulière et les conflits théoriques, plus ou moins déclarés, n'ont jamais cessés)

Par contre, historiquement, l'école existe au regard d'au-moins deux caractéristiques:

  1. la cohésion entre les auteurs, notamment durant l'exil (en effet, dès les années 1930, la petite communauté de chercheurs se voit contrainte de s'exiler aux Etats-Unis, car la majeure partie d'entre-eux étaient juifs ou du moins le régime nazi les assimilaient en tant que tel), où les soupçons d'un marxisme doctrinaire étaient forts (on l'imagine bien! D'ailleurs Adorno et Horkheimer ont développé une véritable paranoïa autour de la publication de leurs écrits, mais comment en aurait-il pu être autrement pour des chercheurs juifs fuyant le nazisme puis se retrouvant dans une société qu'ils ne portaient pas en meilleure estime!?)
  2. la communauté d'aspirations philosophiques. Marx est l'influence principale, mais sans être exclusive. Pour illustrer la recherche de cette cohésion, notons comment Horkheimer a expliqué à Adorno son refus d'embaucher un chercheur: il lui manquait un "regard aiguisé par la haine sur ce qui est en place" (!!!)

Donc, en résumé, l'Ecole de Francfort c'est:

  • un radicalisme utopique et un pessimisme extrême sur le présent
  • la volonté de contourner le marxisme orthodoxe et de réfléchir sur la société en ne se basant pas sur l'économique, du moins en ne faisant pas explicitement référence aux raisonnements économiques de Marx: ceux-ci sont admis implicitement, ils devienent des catégories critiques, mais ils ne peuvent à l'évidence pas servir à expliquer la société actuelle (plusieurs analyses de Marx se sont d'ailleurs illustrées par leur fausseté).
Par waouch
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Dimanche 29 janvier 2006

La théorie critique (TC) se distingue par son engagement politique, ses engagements sont d'ailleurs universels.  Pour les penseurs de la théorie critique, la réalité sociale n'est pas donnée une fois pour toute, c'est à dire que les hommes ont le pouvoir de transformer ce qui est.

Les objets de la théorie critique englobent tous les domaines (l'économie, la politique, la culture,...). Nous le verrons plus tard dans un article sur Adorno, cela veut également dire par extension qu'à partir de l'étude d'un domaine de la société (Adorno étudia la musique et l'art contemporain), les conclusions peuvent être étendues à l'ensemble de la société (en clair, comment se passer des analyses sur l'économique si chères à Marx! ; ) )

La TC va mettre en oeuvre les principes critiques sur le social afin de dévoiler la face cachée de la réalité (ce principe s'inspire de la théorie marxienne).

De même, la TC est réflexive.  Elle propose ainsi une réflexion sur elle-même, elle a conscience, à la différence de la TT, d'être un produit social, d'occuper une place dans la société. La TT se croit au-dessus de tout cela, elle se croit 'infaillible' (ce n'est pas possible de dire ca comme cela mais enfin l'idée est là et faisons simple c'est promis), ce qui n'est pas le cas de la TC puisque si elle est repositionnée dans le monde social elle est également en proie à ses aléas, ses incertitudes, ses fluctuations... (ce sera le moyen de défense principal de Adorno d'ailleurs: ses analyses sont-elles remises en cause par des données observées réellement? Aucune question à se poser! Cela est dû à l'objet d'étude lui-même, le social, qui est si imprévisible! C'est un peu facile? A chacun de juger... )

Donc, en termes un peu plus savants ;-) la TC s'accompagne d'une remise en question de l'objectivité (si si, c'est bien ca que ca veut dire tout ce que je vous ait dit plus haut!). La TC n'est pas en mesure de faire des prévisions: la société n'est pas assez rationelle pour cela! (c'est le moyen de défense de Adorno).

Horkheimer (voir les articles précédents) rejette la conception de la théorie que la TT impliquait: il n'est plus question d'ensembler et de hiérarchiser des concepts généraux, ainsi que des procédés de justification ou de falsification. C'est en cela que la TC est intéressante je trouve, elle est ambivalente, sûre d'elle même, mais en même temps consciente de ses limites..

Je disais ambivalente, car la raison d'être de la TC est tout de même de permettre l'émancipation des hommes et des femmes, la disparition des inégalités!! D'un côté la réflexivité suffisante pour admettre ses imperfections, mais en même temps l'espoir fou de libérer les hommes de la domination!! (c'est pour cela que j'ai parlé de radicalisme utopique dans 'le point sur l'Ecole de Francfort').

   

Par waouch
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