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Théorie critique contre théorie traditionnelle..

La théorie critique est-elle toujours d'actualité? En lisant Habermas aujourd'hui, on peut juger que le philosophe se heurte toujours aux problèmes déjà rencontrés par Horkheimer et qui ont fait renoncer ce dernier à toute production théorique dès les années 1950...

Pourtant, en parcourant ce blog, conservez en mémoire que l'objectif premier de la théorie critique est l'émancipation des hommes et des femmes de la domination en particulier économique.

En effet, pour ces chercheurs, le développement de la raison n'équivaut plus au bel optimisme des Lumières (voir la philosophie de Hegel par exemple) qui voyaient se profiler la liberté... au contraire, pour eux, raison = domination! Il fallait donc surmonter les théories traditionnelles pour mettre en place un système de réflexion moins ambitieux, mais qui en fin de compte serit libérateur...

Alors même si les fondateurs de la théorie eux-même ont renoncé à ce programme, considérant son impossibilité d'application pratique, cela vaut tout de même un petit hommage, non?

Samedi 29 avril 2006

                                                            

Pour Habermas, la philosophie, dans son travail de compréhension du monde, doit absolument passer par les sciences empiriques qui explorent déjà la société actuelle, en particulier dans le cadre de la sociologie.

En effet, né entre les deux guerres, et faisant ses études dans une allemagne en ruine qui tentait de se reconstruire après l'horreur, il lui était bien impossible de considérer sa discipline, la philosophie, comme "hors du temps" et des événements sociaux. Le philosophe a pour objectif de prendre part aux débats de son temps, doit contribuer à faire avancer la société dans làquelle il vit.

La théorie critique (TC) est sans doute l'un des meilleurs exemple de cette "prise de conscience de l'intérêt du social" par les philosophes. Habermas "arrive" dans le débat au moment même ou la TC est battue en brèche par ses propres fondateurs, à savoir Horkheimer puis Adorno. Ceux-ci, au nom d'un raisonnement philosophique qui rejoint celui de Hegel (alors que la TC voulait jstement dépasser celui-ci) rejettent toute science sociale car elles ne sont pas en mesure de comprendre la société, encore moins de la faire évoluer.

Habermas se positionne bien vite contre cette idée, en redonnant leur légitimité aux sciences sociales, et en affirmant que les erreurs de celles-ci ne peuvent venir que d'elles mêmes, car elles sont des sciences autonomes.

Habermas veut tout simplement donner une chance à la TC, pour contredire l'évolution ultérieure de ses promoteurs. Mais cette reprise n'est pas naïve, et Habermas, très tôt, entreprend un travail de critique de la TC. Par exemple, il pense que Horkheimer n'aurait pas dû donner une place si importante à l'économie politique marxiste pour comprendre le présent: c'était sans doute donner une base trop étroite au programme.

Habermas a en fait rompu avec les formes de philosophie de l'histoire auxquelles la TC se rattachait encore. Ce n'est désormais plus l'économie mais la sociologie qui devient l'outil principal de connaissance du monde contemporain.

Le travail n'est plus le point d'articulation de la société, mais c'est le langage qui le devient. En effet, sans langage, il ne pourrait y avoir de travail. La communication est ce qui permet de créer un groupe. Pour habermas, c'est donc le fondement du lien social.

La réalité sociale a trois niveaux:

  1. la théorie de la connaissance
  2. la théorie de la société
  3. la théorie de l'action politique

 

La connaissance elle-même comporte trois niveaux:

  • Celui de la technique   (qu'est-ce que la technique modifie dans la société?)
  • La compréhension       (la connaissance inclut l'interprétation de l'Histoire et de la société. On peut en effet s'ispirer de la tradition, mais attention, celle-ci doit subir au préalable un examen critique! Ce qui s'est toujours fait peut très bien être changé...)
  • La connaissance critique (qui prépare l'émancipation politique)

Cette connaissance critique, qui permet de se libérer, repose à la fois sur la science et sur la philosophie:

  • Marx, qui propose une émancipation de la société (via la lutte des classes)
  • Freud, qui promeut l'émancipation de l'individu par la psychanalyse.

 

Habermas s'inscrit donc bien ici dans la lignée de la TC en proposant une réunification entre le marxisme et la psychanalyse au service de la libération de l'individu et de la société.

  1. La psychanalyse est caractérisée par la volonté d'une connaissance scientifique combinée avec une pratique qui obtient des résultats. Celle-ci permet de s'émanciper d'une communication faussée au profit d'une communication authentique. La psychanalyse permet non pas de faire disparaître les problèmes, mais de vivre avec.
  2. Le marxisme pour Habermas est avant tout une science sociale. Cette science suit le même schéma que la psychanalyse, c'est à dire que c'est une connaissance scientifique (de l'économie et de la société) doublée d'une pratique politique, fondée sur l'utopie et la société sans classes.

Le marxisme cherche à rendre la contrainte du réel plus faible en cherchant notament des compromis entre le principe de plaisir et le principe de réalité. Le problème est que le marxisme remplace l'exploitation des travailleurs par la soumission à la bureaucratie (cela est une reprise de l'idée d'Adorno). Mais en fait, pour Habermas, cela n'es que le résultat d'une marxisme dévoyé, qui n'est pas le vrai marxisme.

 

 

Par waouch - Publié dans : philosophiecritique
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Samedi 25 février 2006

Venez donc faire un petit tour sur

http://toutesreflexions.monblogue.com

 

 

 

Par waouch - Publié dans : philosophiecritique
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Dimanche 29 janvier 2006

La théorie critique (TC) se distingue par son engagement politique, ses engagements sont d'ailleurs universels.  Pour les penseurs de la théorie critique, la réalité sociale n'est pas donnée une fois pour toute, c'est à dire que les hommes ont le pouvoir de transformer ce qui est.

Les objets de la théorie critique englobent tous les domaines (l'économie, la politique, la culture,...). Nous le verrons plus tard dans un article sur Adorno, cela veut également dire par extension qu'à partir de l'étude d'un domaine de la société (Adorno étudia la musique et l'art contemporain), les conclusions peuvent être étendues à l'ensemble de la société (en clair, comment se passer des analyses sur l'économique si chères à Marx! ; ) )

La TC va mettre en oeuvre les principes critiques sur le social afin de dévoiler la face cachée de la réalité (ce principe s'inspire de la théorie marxienne).

De même, la TC est réflexive.  Elle propose ainsi une réflexion sur elle-même, elle a conscience, à la différence de la TT, d'être un produit social, d'occuper une place dans la société. La TT se croit au-dessus de tout cela, elle se croit 'infaillible' (ce n'est pas possible de dire ca comme cela mais enfin l'idée est là et faisons simple c'est promis), ce qui n'est pas le cas de la TC puisque si elle est repositionnée dans le monde social elle est également en proie à ses aléas, ses incertitudes, ses fluctuations... (ce sera le moyen de défense principal de Adorno d'ailleurs: ses analyses sont-elles remises en cause par des données observées réellement? Aucune question à se poser! Cela est dû à l'objet d'étude lui-même, le social, qui est si imprévisible! C'est un peu facile? A chacun de juger... )

Donc, en termes un peu plus savants ;-) la TC s'accompagne d'une remise en question de l'objectivité (si si, c'est bien ca que ca veut dire tout ce que je vous ait dit plus haut!). La TC n'est pas en mesure de faire des prévisions: la société n'est pas assez rationelle pour cela! (c'est le moyen de défense de Adorno).

Horkheimer (voir les articles précédents) rejette la conception de la théorie que la TT impliquait: il n'est plus question d'ensembler et de hiérarchiser des concepts généraux, ainsi que des procédés de justification ou de falsification. C'est en cela que la TC est intéressante je trouve, elle est ambivalente, sûre d'elle même, mais en même temps consciente de ses limites..

Je disais ambivalente, car la raison d'être de la TC est tout de même de permettre l'émancipation des hommes et des femmes, la disparition des inégalités!! D'un côté la réflexivité suffisante pour admettre ses imperfections, mais en même temps l'espoir fou de libérer les hommes de la domination!! (c'est pour cela que j'ai parlé de radicalisme utopique dans 'le point sur l'Ecole de Francfort').

   

Par waouch - Publié dans : philosophiecritique
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Samedi 28 janvier 2006

Philosophiquement, Francfort ne figure pas réellement en tant qu'école (chacun des grands auteurs a en effet une philosophie particulière et les conflits théoriques, plus ou moins déclarés, n'ont jamais cessés)

Par contre, historiquement, l'école existe au regard d'au-moins deux caractéristiques:

  1. la cohésion entre les auteurs, notamment durant l'exil (en effet, dès les années 1930, la petite communauté de chercheurs se voit contrainte de s'exiler aux Etats-Unis, car la majeure partie d'entre-eux étaient juifs ou du moins le régime nazi les assimilaient en tant que tel), où les soupçons d'un marxisme doctrinaire étaient forts (on l'imagine bien! D'ailleurs Adorno et Horkheimer ont développé une véritable paranoïa autour de la publication de leurs écrits, mais comment en aurait-il pu être autrement pour des chercheurs juifs fuyant le nazisme puis se retrouvant dans une société qu'ils ne portaient pas en meilleure estime!?)
  2. la communauté d'aspirations philosophiques. Marx est l'influence principale, mais sans être exclusive. Pour illustrer la recherche de cette cohésion, notons comment Horkheimer a expliqué à Adorno son refus d'embaucher un chercheur: il lui manquait un "regard aiguisé par la haine sur ce qui est en place" (!!!)

Donc, en résumé, l'Ecole de Francfort c'est:

  • un radicalisme utopique et un pessimisme extrême sur le présent
  • la volonté de contourner le marxisme orthodoxe et de réfléchir sur la société en ne se basant pas sur l'économique, du moins en ne faisant pas explicitement référence aux raisonnements économiques de Marx: ceux-ci sont admis implicitement, ils devienent des catégories critiques, mais ils ne peuvent à l'évidence pas servir à expliquer la société actuelle (plusieurs analyses de Marx se sont d'ailleurs illustrées par leur fausseté).
Par waouch - Publié dans : philosophiecritique
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Samedi 28 janvier 2006

1931: Horkheimer prend la tête de l'institut de recherches sociales de Francfort. L'Ecole de Francfort (qui est le courant théorique qui émerge de l'institut) va naître progressivement.

Le nouveau programme avec Horkheimer est de surmonter la crise du marxisme par l'interpénétration de la philosophie de la société et des sciences sociales empiriques.

(Vous n'êtes pas au clair avec le jargon sociologique? n'hésitez pas à me contacter! )

Avec Horkheimer, qui est philosophe, l'Institut prend une direction plus philosophique et théorique. Horkheimer a comme projet l'inter-disciplinarité: il réunit des personnes issues de disciplines diverses (Fromm qui est psychanaliste; Benjamin qui est littéraire)...

Mais cela restera, comme beaucoup d'autres idées (c'est hallucinant la propension de cet institut à proposer de nouvelles idées mais à les abandonner aussi vite!), au simple stade de projet et ne se concrétisera pas réellement en réalité.

En effet, Horkheimer a exercé un contrôle exclusif sur la production de l'Institut, et il fallait adhérer totalement à son projet pour faire réellement parti de l'Institut, si bien que les chercheurs issus d'autres disciplines (même l'économiste Pollock, qui était un grand ami) ne purent jamais influencer profondément les théories énoncées par Horkheimer dès son investiture, et qui restèrent bien souvent le résultat de philosophes qui étudièrent le monde social.

Benjamin, par exemple, dû faire de nombreuses concessions et s'appliquer une sorte d'auto-censure afin de rester dans le cadre théorique de Horkheimer et assurer sa place auprès des francfortois.

On peut également préciser que Hegel prend une place centrale avec Horkheimer: cela permet aux chercheurs de l'Institut de renouer avec les fondements philosophiques de la pensée marxienne, et même au besoin de dépasser cette dernière (nous y reviendrons peut-être plus tard, mais voilà une opinion tout à fait défendable malgré la pensée commune qui accorde tout au long du développement de la théorie critique (TC) une place déterminante à Marx : bien des auteurs, et Adorno lui-même, contournent les analyses économiques de Marx et rechignent à revenir dessus... c'est décidé, nous y reviendrons plus tard :-) )

 

 

 

Par waouch - Publié dans : philosophiecritique
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